ABOUT ME

 

A quoi bon, dans le parcours d’un photographe, vouloir un jour se peindre? Et renvoyer autant que ravager par la toile l’image, aimable ou désastreuse, qu’il se fait ou souhaite donner de lui-même? Tentative finaude et hardie issue d’un long processus au cours duquel peu à peu le soi se confond avec le pinceau et les couches qu’il enchaine sur la toile. Mais à l’inverse de la peinture, la photographie relève plus largement de l’accident que du processus. C’est de cet accident que Geoffrey Meuli se soucie.

De là vient sans doute l’option du récit biographique -auquel ce texte se livre- plutôt que celle de l’autoportrait. Un choix finalement cohérent avec la pratique est-éthique de Geoffrey : l’histoire racontée par chacune de ses photos en cache bien souvent la confection. Son appareil embrasse le pinceau, la plume, le burin, et en même temps s’en dissocie : on n’en voit pas la trace. Il demeure délibérément invisible, pour que l’histoire qui se raconte le laisse venir à elle, se dénude, lui parle, nous parle. Barbe drue et luxuriante, cheveux et yeux de jais qu’on jette sur le monde : son visage camoufle l’appareil, se confond avec lui.

C’est dans un accident qu’un instant éclate, qu’un moment s’éclaire et que l’image devient l’expression d’un mouvement, d’un bruissement, d’une émotion furtive et farouche alors captée par Geoffrey, dont tout le savoir-faire consiste à l’anticiper. Non pas pour l’éviter, mais pour mieux l’accueillir. Non pas frontalement, les yeux grands ouverts par défi ou combat, mais d’une paupière à demi-close, d’une pupille sombre et alerte, confiante et conciliante à la fois, à la recherche frénétique de ce que le monde et les âmes qui le peuplent ont à révéler, justement là où on a pris la coutume de ne plus attarder son regard.

Car, paradoxalement, la collision artistique est affaire de patience. Le choc éphémère tire sa puissance de tout ce qui le précède. L’attente est un geste poétique. Comme en apnée, son issue est un appel d’air, une respiration affranchie, une remontée à la surface. Posé, son œil affuté s’apprête, à chaque instant et à l’instar de certains coureurs dont il a lui-même figé le corps, à remplir ses poumons du ciel bleu chargé de l’oxygène brigué. Et en même temps, le déclencheur délivre la chose qui libère. Comme ses coureurs, encore, qui sous l’effort ployant leur corps, oui, se sentent étrangement libres.

Entre l’inspiration et l’expiration, entre l’apnée et l’oxygène, entre l’attente et le mouvement (et dans l’attente du mouvement), entre un geste dérobé et l’infinie liberté, c’est là que Geoffrey situe sa photo. C’est là qu’on situe l’accident.

A la lisière des poumons, des yeux et des couleurs : le noir et blanc prend ici tout son sens. Loin d’un figement tributaire d’une nostalgie passée, il révèle les contrastes, l’importance de l’attente et de ce qui y met fin, cet état hors du temps, hors du monde, dans le temps, dans le monde. L’aléa ou l’artéfact.

C’est aussi par « accident » que Geoffrey est né à la photographie, tel un bredon de feuilles avisées dans lequel la terre entière se tord et s’étreint. Par accident, mais pas sur un malentendu : de simple passion anecdotique pour l’image, il en a fait son métier. La Photo, figeante, est, paradoxalement, devenue pour lui un prétexte pour remettre sa vie en mouvement. Son expérience professionnelle dans les milieux défavorisés, les secteurs secoués, oriente(ra) sans nul doute ses futurs motifs et le traitement qu’il leur réserve : sa rétine, des années durant tapissée de l’envers – de l’enfer – social saisit d’autant mieux ce qui, dans chaque existence désoeuvrée ou non, émeut.

Et ce qui chante, aussi.

Car l’image contient dans sa narration les sons qui lui ont donné naissance, les bruits qu’on reconnaît pour mieux la saisir : le pas dans l’eau sale, le soupir de l’accomplissement, la main qui se pose sur un genou fatigué, une foule qui sourit, des cheveux qui se nouent. Autant de sonorités dont la composition, les interprétations et les variations s’enregistrent dans les photos de Geoffrey. Il annonce par ailleurs la musique pour lui présente partout. Elle trône et gouverne dans sa recherche de l’instant, dans celle du Beau, dans ses titres, ses explications, ses références et ses décisions. Une vaste partition humaine semble s’écrire dans le ton de ses photos. En chef d’orchestre, il s’efforce à ce que les gens y jouent. Et ça sonne.

Thomas Vandormael, poète et athlète.

 

Références

Constructions Etienne Piron, Perfection Habitat, Bodart & Gonay, Manpower Belgium, Atma Bio, Hoka, Shock Absorber, François D’Haene, Charline Van Snick, Université de Liège, GRE-Liège, TraKKs, Décathlon Belgium, Nyuko, SETCa, Sport Events, Sparring Partners, ECDC Logistics, Infiniti, Can-Guru, Lumière & Design, Madame LYLY, Solymoon, So Event, Trakk’in, Interface Entreprises, Gazon & Schoonbrood, OtraVista Production, Team Trail Salomon Belgique (2015 – 2017), Team TraKKs Adidas TERREX (2018), betrail.be, X-TERRA Belgium, BueRun, Denali Outdoor Events, Paddle for Life, Marie Dessart Cycling, Peignée Verticale, Pure Events, Montagne en Scène, Trails in Motion, The Outsiders Ardennes, Phil Marie, LYA/ Nathalie Darimont, Julien Detry, Elodie de Fontenay Artiste, Sandrine Esser Ecrivaine,…

Évènements sportifs internationaux & nationaux : UTMB, Marathon du Mont-Blanc, La Diagonale des Fous, Hong-Kong 100 Vibram. La Bouillonnante, Lucioles Soironnaises, THF, Championnats de Belgique de Trail, Trail des Fantômes, Olne/Spa/Olne, Primavera d’Andenne, OHM, BueRun, Trail du Barrage, Nisraman, Grand Raid de Nisramont, Sandrace, Air Games, …

 

Highlights

Expositions de photos avec l’ALPhA (2006-2008-2010), photographe pour le Team Trail Salomon Belgique (2015-2017), reportage photo à la Hong Kong Vibram 100 (janv.17), sortie du livre « instant trail », co-signé avec David Bertrand (mars 2017), conférence « Trail & Photo » avec Alexis Berg et David Bertrand (juin 2017), exposition « 5 days in Hong-Kong (août 2017), UTMB pour l’agence Peignée Verticale – HOKA (août 17), exposition « Espaces Partagés – Centre culturel d’Andenne (sept. 17), reportage photo à la Diagonale des Fous (oct.17), Festival « Lettres et Images du Sport » en Aquitaine (nov. 17), conférence-débat avec Jean-Louis Etienne « La marche et la course: le goût de l’effort nature » – Foire du Livre de Bruxelles (février 18), exposition BueRun – Concession Mini Discar Liège (mars 18), lancement de www.geoffreymeuli.com (mars 18), Exposition au Centre Médical de la Vesdre (mai 18), …